Le vortex de la naissance

- Récit d'une naissance libre & sauvage -



L A S S I T U D E


Le 15.07.2020


Depuis quelques jours mon désir de tenir mon bébé dans mes bras est si grand que je suis lasse d’être enceinte.

C’est désagréable de n’avoir envie de rien d’autre que notre nouvelle vie à trois.

C’est ok. C’est normal.


Je pense aux personnes qui rêvent d’être enceinte, à celles dont le bébé est né prématurément et qui n’ont pas eu le temps de vivre cette attente, à celles qui n’aiment pas ça être enceinte, et pas juste les derniers jours mais depuis le début. Je pense à vous et je vous vois.


Les réseaux sociaux et le précieux microcosme de la naissance physiologique véhiculent des images merveilleuses de la grossesse, et c’est super ! Ça fait du bien. Au monde, et à moi.


Puis ce matin, j’ai envie de partager que ce n’est pas que bonheur, plaisir et joie.

Ce matin je vous le dis, mes émotions et mon corps me fatiguent. Je pleure le manque de mon bébé alors qu’il est toujours avec moi, au creux de mon ventre.


Et Maëva est si solide, si soutenante : « Tu vas faire naître notre bébé, heureusement que tu en as envie si fort, heureusement que tu ne veux plus qu’il soit en toi. C’est parfait comme ça. Il est en chemin ton bébé mon Amour, il arrive et il nous le montre tous les jours. »


La jolie lumière là dedans c’est que je serais peut-être toujours enceinte demain soir pour participer au premier village prénatal avec la belle communauté @quantikmama !



Comme je te l’ai écris dans une lettre, je le sais que tu connais la date de ta naissance mon bébé. Je suis prête à tout vivre, tout traverser et tout transcender pour te découvrir.



E M B A R C A T I O N


La phase d’embarcation a duré des semaines avec un besoin intense de nidifier, que tout soit prêt et des épisodes de contractions douces et irrégulières, surtout en fin de journée.


Mercredi 15 juillet en fin d’après-midi, Maëva rentre du travail « tu n’as plus l’air triste, simplement lasse ». Oui, c’est ça : je me sens flottante. Confiante. La veille je tondais la pelouse dans l’espoir que ça aide notre bébé à descendre encore un peu ! Samedi nous avions fait une randonnée incroyable, gravi un sommet et savouré la vue : allégorie de la naissance.


« Aujourd’hui je n’irai pas monter ma côte, j’ai plus envie. »


Nous sommes toutes les deux assises sur le lit, on se chamaille, on rigole, on s’embrasse. Et d’un coup « Oh ça coule dans ma culotte ! » Je fonce aux WC, Maëva me suit, je n’ai pas le temps de m’y assoir que je suis bien trempée et le bouchon muqueux est dans le fond de ma culotte.

Je regarde ce spectacle, puis Maëva et je sais qu’elle a vu : sa grimace me fait hurler et pleurer de rire ! Je suis euphorique sur les WC : enfin, enfin il se passe quelque chose !


Nous continuons la soirée sans prévenir personne, je fais une pizza, on joue au Uno en écoutant le nouvel album de Jeanne Added, nous sommes joyeuses et festives, je fais des ronds avec mon bassin sur mon ballon, des aller-retours incessants sur les WC quand du liquide amniotique coule d’un coup ! Mon utérus contracte encore irrégulièrement.


On installe les guirlandes, cristaux et bougies dans la salle de bain. Le tapis de yoga, la couette pliée en deux et le ballon au pied de notre lit. On écoute Philarmonics d’Agnes Obel (comme lors de notre première nuit d’amour et lors de la conception de notre bébé) et on file s’allonger et s’assoupir.



V O I L E


Une contraction plus intense me réveille. C’est une sensation vraiment similaire aux crampes menstruelles que je connais bien. Ça me rassure de connaître : depuis que j’étais enceinte, une phrase revenait régulièrement en rêve et en journée « mon corps ne l’a encore jamais fait, mais mon âme tant de fois ».

Que les contractions ressemblent à des sensations de crampes menstruelles, c’était comme « ok, mon corps connaît quand même un peu ! »


J’envoie un message à ma petite sœur et je lui dis qu’on s’apprête à vivre une nuit épatante !


Je me mets à quatre pattes sur la couette au pied de notre lit, je m’appuie sur mon ballon de grossesse, je danse sur « Mother I feel you ». Je fais des ronds et des huit avec mon bassin, des Ooooo et des Yuuuuuu encore légers avec ma voix.

Quand la vague est passée je remercie mon utérus et je lui dis que c’est ça que je voulais, que j’en veux encore, que je veux qu’elles soient plus fortes.


Mon état de conscience est clairement modifié, ma vue est un peu trouble. J’apprécie la lumière tamisée que nous offre les petites guirlandes lumineuses installées pour l’occasion depuis des semaines.


Je vais dans le bain pour me nettoyer de ce liquide amniotique qui colle un peu sur mes jambes mais j’y reste très peu : j’ai trop chaud pendant les contractions qui reviennent régulièrement maintenant. J’ai besoin de mouvement.



E N T R E L E S M O N D E S


Les vagues reviennent, les unes après les autres. Plus grandes, plus longues, plus souvent.

Elles viennent avec mes mantras répétés et visualisés au cours de mon troisième trimestre :

« Mes mâchoires, mes épaules et mes fesses sont molles »

« Mon col s’ouvre comme une fleur »

« Mon bébé, mon utérus et moi sommes une équipe »


Maëva envoie un message à notre tribu : « Vous pouvez allumer vos bougies ou vos pensées, S. et Marion ont entamé la danse de l'enfantement ✨ »


Après @madameleonphotographie , @mathildeviau nous avait proposé de prendre des photos de la naissance. L’idée d’immortaliser ce grand passage nous plaisait beaucoup ! Mais sur le moment, mon besoin d’intimité a primé et nous avons finalement choisi de ne pas l’appeler.


Mes perceptions sensorielles sont modifiées : je ne sais plus s’il y a de la musique ou pas - peut-être Deep Surrender de Nina Lee que j’ai tant écouté pendant ma grossesse ?


Maëva répond à mes besoins avant que je n’ai à les formuler. Parfois elle appuie sur mes illiacs, parfois sur mon sacrum. Elle allume le ventilateur quand j’ai chaud, m’enfile mon peignoir quand j’ai froid.


Je bois de l’eau ou de la tisane de framboisier, je mange du melon (qui me fera roter allègrement tout le long de cet enfantement !).


Je me repose pendant les pauses, je m’endors presque. J’expire des Ooooo très graves, elle chante avec moi. Je prends des postures instinctives qui me soulagent et dont je ne me souviens pas.

Je suis ailleurs et mes yeux sont le plus souvent fermés.


Ma bulle est notre royaume.




S O M M E T


J’ai envie d’être dans la chaleur de l’eau du bain. Maëva m’arrose avec un bocal pour me garder toute entière au chaud.

En m’installant je me dis « soit ça va calmer le jeu et j’aurais un peu de répit, soit ça va s’intensifier et mon bébé sera bientôt dans mes bras »


Ça s’est intensifié !


Maëva me raconte que j’ai pris des postures improbables dans cette baignoire ! J’ai crié des Ooooo et pleuré des Aaaaaa.

Je lui ai demandé de me rappeler pendant chaque vague qu’elle passerait parce que je l’oubliais.


Sa voix paisible et solide est rassurante.

« Je sais pas si je suis capable. C’est trop fort, j’ai trop mal.

- Tu vas le faire, tu es en train de le faire mon amour. Regarde la Sheila Na Gig (le cadre était posé sur le bord de la baignoire), tu t’ouvres comme elle et comme toutes les autres personnes qui ont enfanté l’humanité avant toi. C’est magnifique ce que tu fais »


Je n’en peux plus, rien ne me soulage, je ne veux plus de ses mains sur moi. Je sors de la baignoire, j’ai trop envie de m’appuyer sur mon ballon.


Une vague : accroupie, je me suspends au lavabo.

Une autre vague : enfin je retrouve mon ballon, à quatre pattes, appuyée sur lui comme si je le câlinais.


Je continue de crier, de pleurer et de douter quand je ne m’endors pas. J’ai mal au dos et mes jambes tremblent. Je hurle sauvagement, je rugis et ça résonne dans mon ballon.


Maëva ferme les volets de la maison de peur que les voisins ne m’entendent et s’inquiètent !

Elle porte l’espace.

Elle est louve, je suis lionne.




Q U I É T U D E


Une pause enfin plus longue. Une vraie pause depuis longtemps.


Je ne me suis pas endormie : je me suis envolée.

Fragmentée.

Je suis allée chercher mon bébé.


Je ne l’ai pas vu comme le racontent quelques personnes, je l’ai entendu :

« Eh oui maman, c’était le 16.07 ma date ! »


Depuis le début de ma grossesse Maëva disait que ça serait joli que notre bébé choisisse cette date : elle est née le 16 novembre et moi le 07 octobre.

16.07, joli symbole de l’amour de ses mamans.

Merci bébé pour ce cadeau !


Les vagues reviennent, d’abord doucement puis très vivement.

Je suis toujours à quatre pattes. Je remonte la jambe droite, mon pied droit près de mon ballon.

Je touche mon vagin mais je ne sens rien.


« Viens S., viens mon bébé, je suis prête. Tu peux naître maintenant, je suis prête à être ta maman. »



M A R É E


Les sensations sont différentes. Je sens mon bébé traverser mon col et appuyer si fort vers mes fesses.

Je me demande si c’est ça le désir de pousser alors j’essaie de souffler pendant les vagues.


Mes yeux sont ouverts. Je suis toujours à quatre pattes, un genoux vers mon aisselle, les bras appuyés sur mon ballon. Mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir. Mon corps est fatigué, mais j’ai comme un regain d’énergie.


OMGODDESS ces sensations sont tellement intenses ! Je suis toute ouverte. Je le sens dans tous les tissus, dans mes muscles, dans mes os.


Maëva a glissé la serviette éponge sous mon vagin qui saigne un peu.

Nous savons ce que ça veut dire : notre bébé va naître vraiment, vraiment bientôt !

Je touche mais je ne sens pas sa tête : il traverse mon col mais pas encore mon vagin. J’aimerais ça le sentir au bout de mes doigts. Ça m’inquiète un peu : est-ce que ça va durer encore longtemps comme ça ? Maëva me rassure, elle souffle et chante avec moi.


« Vas-y bébé je suis prête. Tu peux naître quand tu veux, je suis prête à te laisser passer. Allez S. viens dans mes bras ! ».




É M E R G E N C E


Mon utérus travaille si fort. Les sensations sont si intenses qu’elles en sont parfois effrayantes !


« Tout est parfait, c’est magnifique ce que tu fais. »


Je le sais que je devrais plutôt souffler mais ça y est, l’envie de pousser est irrésistible.


Je suis assise/accroupie, un pied sous mes fesses, un genoux plié près de mon ventre.


« Ça chauffe »

« Ça chauffe »

« Ça brûle  »

« ÇA BRÛLE VRAIMENT »


La tête de notre bébé naît. Maëva, assise au bout du lit, est en larmes : nous sommes réellement trois personnes dans cette pièce.


J’ai glissé ma main sous sa tête qui est déposée sur la couverture.

Elle est légèrement allongée d’avoir traversé le canal de naissance. Est-ce qu’il est né par les fesses ? Non non c’est bien sa tête, elle me parait immense !


Mon utérus contracte à nouveau très fort et le reste de son corps émerge de mon vagin.


Je l’ai fait ! J’ai donné naissance à notre bébé !

Je me sens comme en sortant d’un manège qui tourne.

C’est incroyable !




R E T O U R & C O N N A I S S A N C E


Je dépose notre bébé sur le moelleux de la couette.


« Tu l’as fait ! » J’atterris.

Je regarde Maëva qui pleure, je regarde notre bébé avant de le prendre dans mes bras. Il est vraiment là ! Je suis essoufflée.


Il est tout glissant de liquide amniotique et de sang.

« Oh tu glisses ! » Il prend son premier souffle.


J’enlève sereinement, instinctivement le cordon autour de son cou. Le voilà qui pleure et je le berce contre mon cœur.

Son cordon est long, fin et bleu : il pulse, c’est fascinant !


___


Notre famille est née.

J’embrasse Maëva et je sens notre bébé. Je suis émerveillée, droguée d’amour !


Cette petite personne qui nous a choisi pour être ses mères s’est développée en moi et est née de notre force commune. C’est tellement grand !


Je me demande seulement maintenant quel est son sexe. Je regarde entre ses jambes : pénis et testicules.


On passe un deal : on utilisera les pronoms et accords masculins jusqu’à ce qu’il ait un avis sur le sujet.


« C’est un petit garçon ! »


Je suis déjà amoureuse de lui et c’est une sensation incroyable pour moi que d’aimer si fort deux personnes.


Je lui propose le sein qu’il attrape goulûment. Je suis toujours assise/accroupie, mes jambes tremblent et mon utérus contracte à nouveau.




A C H È V E M E N T


Maëva glisse une serviette sèche sous mes fesses : « j’ai senti les membranes sur ma main, le placenta est juste là ». Je lui demande le récipient en inox que je glisse entre mes jambes, une contraction et je souffle pour faire naître le placenta de mon bébé.


La naissance est complète. L’enfantement est terminé.


Je me lève pour m’installer sur notre lit.

Je suis surprise par la sensation de ma vulve toute ouverte et mes jambes sont endolories de m’avoir portée toute la nuit dans toutes ces postures !


S. est enveloppé dans une serviette, relié à son placenta que Maëva dépose dans un égouttoir.


À peu près 1h après sa naissance, je lui propose de prendre notre tout petit contre elle et elle lui offre de téter son sein. La voir en maman fait pétiller mes yeux.


Je grelotte, je vais me doucher pour me réchauffer. Je remercie longuement mon corps.

Dans le miroir de la salle de bain, je me souviens échanger un long regard avec la nouvelle moi.


Je me sens chamboulée d’amour. Mon bébé est né et je suis sa mère. C’est fou à quel point c’était à la fois intense et puissant et à la fois normal et instinctif.



T I S S A G E


Notre nouvelle réalité est intensément douce. Joyeuse ambivalence !


J’ai beaucoup pleuré les jours qui ont suivi la naissance : de fatigue physique, émotionnelle, hormonale. De bonheur et d’amour aussi.


Mon allaitement se passe bien, j’adore ça ! Maëva a finalement choisi de ne pas induire sa lactation : sa relation avec notre fils est fluide et instinctive, elle n’a pas envie de timer ses journées et ses nuits avec des stimulations, elles sont déjà assez intenses comme ça !


Elle reprendra le travail le 40ème jour de vie de notre bébé.

Nous nous sentons soutenues par les personnes que nous avons choisi : une sage-femme libérale vient nous voir régulièrement, notre doula @loren.souchard prend soin de nous et notre tribu est à l’écoute.


J’ai médité plusieurs fois, guidée par la voix de Karine La @quantikmama, pour refermer mon vortex.

Maëva est allée se faire masser pour elle aussi redescendre et éviter de tomber malade.


Notre bébé-lotus est resté relié à son placenta jusqu’à ce que son cordon se détache de son nombril, au bout de trois jours.

Son regard était vif tout à coup ! Le moment était suspendu, fascinant, magique, émouvant.

Dans la même journée, une libellule nous a rendu visite dans la chambre !


Ainsi s’achève le récit de mon enfantement libre et autonome.

Ainsi commence notre vie à trois.





Marion Calmel

Doula • Sous la Lune

JE VOUS OFFRE UN OUTIL D'ANCRAGE

J'adore les pratiques d'ancrage !

La visualisation de mantras en est une, alors je vous propose de recevoir gratuitement

le PDF de mes 10 jolies cartes d'affirmations positives autour du

YONI SACRÉ

En recevant ce cadeau, vous serez aussi inscrit.e à ma newsletter saisonnière,

dans laquelle vous recevrez un rituel pour chaque équinoxe et solstice,

le détails des événements à venir et les actualités Sous la Lune.

 


 

© 2019 Sous la Lune. Tous droits réservés.

 

Marion Calmel • Sous la Lune

Bénéficiaire d'un CAPE jusqu'au 02.01.2021 au sein de la Couveuse Altitude

Parc technologique Delta Sud - Hôtel d'entreprise

266 rue Louis Pasteur 09340 Verniolle

N° SIRET : 424 845 949 00072